Session Parcs et espaces naturels



Eveline Nivois : eveline.nivois@gmail.com
Serge Brandt : serge.brandt@oncfs.gouv.fr
Vincent Tolon: vincent.tolon@gmail.com
Eric Baubet: eric.baubet@oncfs.gouv.fr
 
Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage
2 bis rue des religieuses BP 19
52120 CHATEAUVILLAIN

Mots-clés, logiciels ESRI utilisés et publics visés

Mots clés : SIG, sanglier, compagnie, socialité, effet réserve, occupation de l’espace, suivis VHF et GPS, domaines vitaux, suivis télémétriques, données géoréférencées
 
Logiciels ESRI utilisés : ArcGis 3.2, ArcGis 9.3.1, extension Spatial Analyst
 
Public visé : tout public


Introduction

Le sanglier en France

ZoomL’augmentation numérique et l’expansion spatiale (graphique 1) du sanglier (Sus scrofa scrofa) depuis le début des années 1980 posent un certain nombre de problèmes et/ou de nuisances.
 
La première conséquence de cette augmentation d’effectifs concerne les dégâts agricoles, principalement sur les cultures céréalières. Pour indication, en 2007-2008, 19 millions d’euros d’indemnisations de dégâts agricoles liés aux sangliers ont été versés aux agriculteurs par les chasseurs. Cependant, les collisions routières (photo 1), dont le nombre a été estimé à 16 678 en 2008 (source FGAO), représentent une somme bien plus élevée.




Enfin, les risques sanitaires (brucellose, maladie d’Aujeszky, peste porcine), et les désordres liés aux intrusions en milieu urbain et périurbain ne sont pas à négliger.

Le rôle de l'ONCFS

Face à cette situation, il est nécessaire de trouver un moyen de gérer au mieux les populations de sangliers, ce qui passe par des connaissances donc des études précises de la biologie et du comportement de cette espèce.

Pour cela, depuis déjà plus de 20 ans l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) et plus particulièrement le Centre National d’Étude et de Recherche Appliquée (CNERA) Cervidés — Sanglier, développe une recherche appliquée, visant à acquérir des informations factuelles étayées et ainsi répondre aux préoccupations concrètes des pouvoirs publics et des gestionnaires en fournissant des recommandations techniques de gestion du sanglier et de ses habitats.

Etudes mises en place

Divers programmes d’étude concernant notamment des problématiques telles que l’occupation de l’espace, le fonctionnement social des groupes (socialité) ou d’autres aspects de la biologie de l’espèce ont été élaborés dans différents sites géographiques. Ces études nécessitent l’utilisation d’outils techniques et informatiques comme les SIG.

En effet, il est nécessaire d’obtenir des suivis précis sur un grand nombre d’individus, pour renseigner au mieux les différents aspects de la biologie spatiale de l’espèce sanglier. Pour cela, des colliers VHF et GPS sont posés sur des animaux représentatifs (sexes ou âges différents) qui sont ensuite localisés soit par télémétrie classique soit par télémétrie satellitaire. Cela permet l’acquisition d’un grand nombre de données géoréférencées qui devront être traitées par la suite, grâce à l’outil SIG.

Diverses méthodes sont utilisées pour étudier ces thématiques, les deux principales étant : l’analyse des domaines vitaux et celle des déplacements. Il ne sera abordé ici que le premier aspect de ces méthodes.
Les analyses sont effectuées grâce aux extensions : Spatial Animal Movement (Hooge et al., 1999), utilisable sous ArcGis 3.X et Hawth’s Analysis Tools (développé par Beyer, H. L. 2004 et disponible sur le site http://www.spatialecology.com/htools) utilisable sous ArcGis 9.X.

Afin d’illustrer plus concrètement l’apport technique lié aux SIG dans ces études, deux exemples vont être présentés dans le cadre de deux sites d’études bien distincts. Le premier exemple concerne l’étude de la socialité, et le deuxième l’effet de la présence de réserves naturelles dans lesquelles le sanglier n’est pas chassé, sur l’occupation de l’espace par ce dernier.


Apport des SIG dans l’étude de la socialité chez le sanglier

Présentation de l'étude

Le sanglier est une espèce dont la structure sociale fonctionne sur un mode de type matriarcal. Ainsi, dans la majorité des cas, l’unité familiale est constituée d’une femelle dominante, et d’autres femelles (adultes ou non) qui lui sont apparentées et des jeunes de l’année. Ces groupes sont appelés couramment « compagnies ». Les mâles, eux, s’émancipent à partir de  l’âge d’un an pour devenir solitaires. Il est intéressant et nécessaire pour la gestion de l’espèce de connaître l’occupation de l’espace annuelle et inter-annuelle de ces compagnies.

Parfois, les femelles issues d’une même compagnie (compagnie mère) se séparent en plusieurs groupes formant ainsi des compagnies filles. Dans ce cas, caractériser le comportement spatial des compagnies nouvellement formées par rapport au domaine occupé par la compagnie d’origine est essentiel. Pour étudier cette thématique, une étude a été lancée en 1993 sur le massif de Châteauvillain - Arc en Barrois situé au sud du département de la Haute-Marne.

Matériel et méthode

Au total, 30 compagnies ont été capturées et marquées (photo 2 et 3).

Pour pouvoir étudier le domaine d’activité de chacune, 2 à 9 laies par groupe ont été équipées de colliers émetteurs (photo 4). Chaque animal équipé a été suivi par télémétrie à raison de 3 à 5 localisations par semaines.

Pour chaque compagnie, les domaines vitaux ont été calculés par la méthode MCP (Minimum Convex Polygon) (Mohr, 1947). Cette méthode consiste  à calculer la superficie de l’aire délimitée par les points de localisation les plus externes du nuage de points.

Résultat et conclusion

Les lignées de compagnies étudiées ont des domaines vitaux très similaires en superficie et souvent très recouvrants au fil des années (carte 1). Le domaine spatial utilisé par le groupe varie donc faiblement dans le temps.

Même en cas de séparation en deux compagnies filles, celles-ci vivent et se partagent tout ou partie du domaine de la compagnie d’origine (carte 2).

On constate parfois une extension ou un glissement du domaine vital par rapport à celui de l’année précédente et/ou de celui de la compagnie mère. Toutefois, ces mouvements restent limités. Les laies sont donc fortement attachées à leur domaine de naissance.

Ces résultats nous permettent de confirmer le caractère sédentaire de cet animal. De plus, nous ne décelons pas de dispersions importantes des compagnies ni des jeunes laies subadultes.
Ces résultats permettent de mieux comprendre l’existence de fortes densités observées dans les zones non ou peu chassées. Ainsi, même avec de faibles superficies, des zones peu dérangées telles que les milieux périurbains, les réserves naturelles ou les réserves de chasse peuvent concourir à des concentrations de sangliers.

Apport des SIG dans l’étude de l’effet de la présence d’une réserve naturelle sur l’occupation de l’espace chez le sanglier

Présentation de l’étude

La principale cause de mortalité chez le sanglier est de très loin la chasse. L’existence de zones non chassées (ex : réserve naturelle ou réserve de chasse) peut créer dans l’environnement du sanglier une forte structuration spatiale du risque de mortalité. Si les animaux perçoivent ces périmètres comme des zones de faible risque, ils sont susceptibles de s’y réfugier pendant la saison de chasse. Le comportement des animaux vivants à proximité de tels sites est pourtant mal connu. À proximité des zones soustraites aux actions cynégétiques, les animaux peuvent répondre aux variations journalières et saisonnières du risque de mortalité (la chasse est diurne et n’intervient qu’une partie de l’année) en modifiant leur utilisation de la zone refuge. Ainsi, l’utilisation des zones de réserve pourrait être plus marquée le jour (période de fort risque pour les animaux) par rapport à la nuit, et augmenter fortement pendant la saison de chasse. Une étude de cet effet réserve a été conduite dans le Bassin Genevois sur la réserve de l’Etournel.

Matériel et méthode

Quarante individus ont été équipés de colliers VHF ou GPS puis localisés le jour et la nuit, ceci lorsque la chasse était fermée puis lorsqu’elle était ouverte. Certains individus ont été suivis sur plusieurs années. Dans un premier temps, les centres d’activité diurnes et nocturnes ont été définis pour chaque individu avant et pendant la période de chasse. Puis pour chaque centre d’activité, la distance relative à la bordure de la réserve a été calculée. Ceci a permis d’identifier le seuil maximal de distance à la réserve au-delà duquel l’attraction de cette zone refuge n’était plus effective sur les animaux (la zone d’influence).  

Dans un deuxième temps, au sein de chaque saison (chasse fermée ou ouverte) des distributions d’utilisations diurnes et nocturnes ont été calculées par la méthode Kernel (paramètre de lissage fixe). Cette méthode a pour but de calculer pour un individu, au sein d’une saison et d’une période, la densité de probabilité de ses localisations dans l’espace (probabilité de présence). Le but de cette démarche est de comparer l’utilisation de la zone de réserve entre les saisons et les périodes considérées. 

Résultats et conclusion

On constate que les animaux vivant avant chasse entre la bordure immédiate de la réserve et une distance maximale de 2100 mètres, opèrent un déplacement de leur centre d’activité diurne vers la bordure et même l’intérieure de la zone protégée pendant la période de chasse (Carte 3).

Un glissement similaire est aussi observé pour les centres d’activités nocturnes bien que l’effet soit moins prononcé. Au-delà de ce seuil, la réserve ne semble pas avoir d’influence sur l’occupation de l’espace des animaux (graphique 2).

Zoom

Au sein de la zone d’influence de la réserve, l’utilisation de la zone refuge est significativement plus forte le jour que la nuit et plus forte en saison de chasse ouverte qu’en saison fermée. Les plus fortes concentrations d’animaux sont donc observées dans la réserve le jour, lors de la saison de chasse (carte 4).

Zoom

Les résultats confirment que les sangliers adaptent leur occupation de l’espace en utilisant la zone protégée en fonction des variations du risque encouru dans les zones les plus chassées en périphérie. Ce phénomène se produit à la fois à l’échelle circadienne (utilisation de la réserve : jour > nuit) et saisonnière (utilisation de la réserve : chasse ouverte > chasse fermée). Cela explique les fortes concentrations d’animaux trouvées pendant les journées de chasse, puisque le risque de mortalité est maximal pendant cette phase. Cet effet réserve disparaît néanmoins au-delà d’une distance d’environ 2 km, ce qui pourrait s’expliquer par la limitation de la perception de cette zone refuge pour des animaux trop distants de celle-ci. Si l’on extrapole la réponse comportementale du sanglier identifié dans ce travail à toute autre zone de quiétude permettant aux sangliers de réduire le risque de mortalité (zones faiblement chassées, zones urbaines, terrains militaires, objections cynégétiques…), la prise en compte et la compréhension de cet effet refuge apparaissent alors comme fondamentaux avant la mise en place de mesures de gestion de cette espèce.

Conclusion

Étudier la biologie d’une espèce telle que le sanglier nécessite le suivi fin et précis d’un grand nombre d’individus. Cela génère donc beaucoup de données de localisation géoréférencées qu’il faut ensuite pouvoir visualiser, transposer à d’autres données géographiques, traiter et analyser. Les SIG par les différentes options et outils qu’ils proposent le permettent. Ils constituent donc une aide technique très importante et indispensable pour mener à bien des études telles que les nôtres.

Bibliographie

- Hooge, P.N., W. Eichenlaub, et E. Solomon. 1999. The animal movement program. USGS. Alaska Biological Science Center.

- Mohr C.O. 1947. Table of equivalent populations of North American mammals. American Midland Naturalist. 37: 223-247.

-Tolon V., Baubet E., 2010. L’effet des réserves sur l’occupation de l’espace par le sanglier. Faune Sauvage. 288 : 14-18.

-Vassant J., Brandt S., Nivois E., Baubet E., 2010. Le fonctionnement des compagnies de sangliers. Faune Sauvage. 288 : 8-13.